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Micro-aventure : Et si on changeait d’échelle ?

Micro-aventure : Et si on changeait d’échelle ?

À partir du 10/11/2021

Avec la crise de la Covid-19, les micro-aventures – ces aventures qui se vivent près de chez soi – ont le vent en poupe. Par la force des choses. Mais le concept rejoint des courants de pensée bien plus profonds qui nous invitent à reconsidérer la société, l’économie et les territoires qui nous entourent. De là à envisager un monde plus résilient et grandeur nature, il n’y a qu’un pas…

 

Avec la crise de la Covid-19, les micro-aventures – ces aventures qui se vivent près de chez soi – ont le vent en poupe. Par la force des choses.Mais le concept rejoint des courants de pensée bien plus profonds qui nous invitent à reconsidérer la société, l’économie et les territoires qui nous entourent. De là à envisager un monde plus résilient et grandeur nature, il n’y a qu’un pas…

 

« Voyager, c’est croire que la distance amènera de la profondeur. »

 

L’écrivain voyageur Sylvain Tesson ne dit pas mieux pour expliquer qu’il y a des expériences grandioses, des sentiments puissants qui se révèlent à quelques encablures de chez soi pour peu qu’on s’y aventure. En d’autres termes, nul besoin de traverser les océans ni de soulever des montagnes pour vivre l’extraordinaire. C’est aussi en substance le mantra de la micro-aventure.
 
Ce concept est né voici une dizaine d’années sous la plume (et les chaussures) d’Alastair Humphreys. Après une décennie à sillonner la planète, ce Britannique décide d’explorer son pays. En2012, l’idée lui vaut le titre d’aventurier de l’année du magazine National Geographic. Pas moins.
 
Dans la foulée, il publie un livre manifeste dans lequel il liste une dizaine d’aventures de proximité : sauter dans un train au hasard et rentrer à vélo, dormir à la belle étoile un soir de semaine, cueillir ses fruits et légumes chez un producteur… Son constat est simple : « La plupart des gens aiment l’aventure, mais ils n’ont pas le temps de faire le tour du monde à vélo. » La solution ? La vivre près de chez eux, en mode micro.

 

 

Micro-aventure : Et si on changeait d’échelle ?

   
DONNER DU SENS…

 
Plusieurs acteurs ont importé le concept en France et l’ont décliné en sites Web, groupes Facebook et guides papier. On y trouve des balades en ville, des descentes en radeau sur la Loire, des escapades à vélo vers l’océan… Tout ça sent le déjà-vu. Après tout, ce ne sont jamais que des activités de plein air. Mais derrière le côté réchauffé, il y a des motivations, comme l’analyse Amélie Deloffre, directrice de l’association L’École de la micro-aventure.
 
« Beaucoup de citadins sont pris dans une vie stressante et veulent se reconnecter à la nature. À l’ère du digital, ils ont compris qu’il peut être plus exaltant de passer une nuit dans une cabane en forêt que de visiter le Machu Picchu à la queue leu leu. »
  
Si la micro-aventure est en plein essor, c’est aussi parce qu’elle répond aux nouvelles préoccupations des voyageurs : l’écologie, bien sûr, mais aussi le besoin de vivre une expérience. « La micro-aventure nous sort de notre zone de confort, renchérit Amélie Deloffre. Elle nous confronte aux questions que nos ancêtres de la préhistoire se posaient : où vais-je dormir ce soir ? Comment trouver à boire et à manger ? Même proche de chez soi, on ressent ce petit frémissement qui est le début de l’aventure et qui nous relie à l’essentiel. »
  
La micro-aventure nécessite peu, voire aucun moyen financier, juste un peu d’imagination et de spontanéité. Avec des retombées aussi positives pour la société : meilleure répartition du tourisme sur le territoire – et ceci toute l’année –, liens directs avec les acteurs locaux (guides, gîtes, artisans…), développement des transports doux (vélo, marche…). « Et en plus, ça remet en forme », sourit Amélie Deloffre. Qui dit mieux ?

   

… ET FRANCHIR D’AUTRES LIMITES

 
Bien que personnelle, la démarche rend également palpable une proposition écologique qui se développe en ces temps de Covid-19 et d’attrait pour le « local » : la biorégion. Derrière ce terme un peu vague, il y a l’idée forte que nos découpes administratives (régions, départements…), trop artificielles, ne sont pas assez déterminées par le vivant (faune, flore et humains), la climatologie, la topographie ou les écosystèmes.
 
Et voilà où ça coince pour de plus en plus de chercheurs : ces délimitations contre-intuitives organisent une société qui ne tient pas la route d’un point de vue environnemental. S’il fallait chercher des réponses à la crise écologique actuelle, elles seraient alors à trouver du côté de notre manière d’habiter les territoires.
 
« Avant toute chose, on pourrait se poser ces questions : où est-ce que j’habite, d’où vient l’eau qui coule de mon robinet, quelles sont les plantes qui poussent à côté de chez moi et à quelle saison… ? Le biorégionalisme commence par l’humilité de se rendre compte qu’on ne connaît presque rien aux écosystèmes que nous habitons », explique Mathias Rollot, enseignant-chercheur qui a contribué à diffuser ce concept en France.
  
Dès lors, réapprendre des lieux et des milieux qui nous accueillent s’entend déjà comme un acte militant. En soi, il permet de mieux percevoir nos responsabilités et nos obligations vis-à-vis d’eux. « D’une certaine façon, la ville contemporaine est sous perfusion permanente : elle est dépendante d’une agriculture et de territoires qui lui sont extérieurs et qu’elle exploite à son service », poursuit-il.
 

 

Photo d'illustration - Balade en vélo champ

  
Plutôt que de dépendre d’approvisionnements alimentaires extérieurs, ne faudrait-il donc pas reconstituer les ceintures maraîchères autour des villes ? Avec la promesse d’une plus grande autonomie, à la fois alimentaire et matérielle, à rebours de la mondialisation. C’est la première proposition du biorégionalisme : changer d’échelle, arrêter de penser global et réorganiser nos modes de vie (alimentation, production d’énergie, transports…).
 
« À travers le concept de biorégion, il s’agit de trouver une meilleure symbiose avec son milieu et de trouver les moyens de cohabiter avec d’autres vivants de façon juste et équitable », précise Mathias Rollot.
  
Cette démarche engagée permet de combiner à l’échelle d’un territoire un certain nombre d’alternatives déjà existantes : permaculture, agriculture biologique, relocalisation des cultures – dont Biocoop est le principal acteur en France avec notamment le sarrasin, les légumes secs comme la lentille ou le lin, ou encore avec l’implantation de filières en lien avec les producteurs locaux, comme celle du lait de chèvre, pour réduire les importations et l’empreinte écologique globale. Cet investissement collectif du local entraîne un nouveau rapport au monde, plus sensible… Une grande aventure humaine qui fait bouger les lignes.
 

  

Retrouvez cette enquête dans le n° 118 de CULTURESBIO, le magazine de Biocoop, distribué gratuitement dans les magasins du réseau, dans la limite des stocks disponibles, ou à télécharger sur le site de Biocoop.

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